Le perce-neige

Le monde ? Un désert blanc.
Drapé d’une fine et poudreuse pellicule de neige,
Il témoigne d’un millénaire sans soupir.
Des histoires sont nées ici-bas.
Des histoires ont été oubliées.

Puis.
Un fragment de néant s’était pris l’envie d’être.
Il murmura ces mots portés à la surface par le magma.
Le souffle solitaire attendait son prochain.
Une intention se devinait. Une pensée de chair.
Une envie; puis l’air.
L’ère du perce-neige.
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Vent solaire

Je veux m’éveiller
je veux m’illuminer
je veux m’éteindre
je veux être un souffle
je veux être une vague
je veux être un tsunami
je veux être une éruption
je veux traverser l’espace
je veux tordre le temps
je veux m’embraser
je veux brûler
je veux consumer tout l’éther de l’Univers
Puis enflammer le ciel
Me réfugier dans un murmure
N’être plus qu’un soupir, un silence
Et me rendre,
À toi.
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Et Magellan

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Avoir faim.
Briser ce bout de mur, aller à l’ouest.
Poser un pied dans la mer, l’autre à Tenerife.

Puis avoir soif.
Sauter à pieds joints dans l’oasis, éclabousser les dunes.
Plonger les pieds dans l’océan, la tête dans les étoiles.

Valse atomique

Les vents secs d’Oranie soufflent des poussières ocres
Qui se glissent dans tes cheveux longs
Ils portent les rumeurs d’un lieu
Où le temps n’est plus une prison sans mur
Où les histoires succèdent aux promesses
Et où les larmes versées ont donné leur soleil aux peuples de l’Univers

J’ai touché le fond

Il me semble que je tombe depuis une éternité.

La nuit touche à sa fin. L’orbe obscur s’efface, comme drapé par les lumières de ce jour naissant.
C’est alors que j’ai plongé dans l’eau glaciale. La descente est lente, je glisse ; et mes sens tour à tour se taisent face aux hurlements.
Puis un son sourd se fait entendre. Je sens l’onde transperçant mes organes à vif pour aller mourir au creux de mes cellules.
Je suis désormais à nu. Délesté de mon corps terrestre, je me laisse envahir par des particules de limbes.
Je ne sombre plus. J’ai touché le fond. Noir.

Au loin, je perçois un artefact, comme une persistance rétinienne. Est-ce une invitation ?

auriane

Train de vie

Le soleil caresse délicatement l’horizon.

Sa lumière est aveuglante et envahit la cabine entière.
Seul assis côté fenêtre, le front collé à la vitre, je ferme les yeux.
Des vagues écarlates traversent mes paupières.
Elles me procurent cette sensation de brume aux teintes orangées.
Je devine les arbres qui se dessinent en ombres chinoises.
Ces paysages, ces territoires, je ne les reverrai plus
Après tout, je n’avais jamais pris le temps de les regarder.
Alors je reste les yeux fermés,
Enveloppé par la chaleur réconfortante de cette brume aux teintes orangées.

Aujourd’hui, mon train arrive en gare.

Enfin ce n’est pas vraiment une gare.

On n’y trouve pas de panneau d’affichage.
On ne sait rien des heures d’arrivée.
On ne sait rien des heures de départ.

Ce n’est pas vraiment une gare.

Mais des passagers attendent.
Certains ne s’encombrent pas de bagages et feront leur premier voyage ;
D’autres attendent une correspondance, avec quelques valises à leurs pieds.

Ce n’est pas vraiment une gare.

Mais des trains s’arrêtent et repartent tous les jours.
Il y a ceux qu’on espère et qui ne viendront jamais.
Et il y a ceux qu’on n’attendait pas.

Je suis dans le dernier wagon.
Seul assis côté fenêtre, je repense au jour où je suis monté dans ce train.
Ce jour appartient à un autre été. Un été qui appartient à un autre siècle.
C’était un temps où l’on s’échangeait une autre monnaie.
Le maillot à coq n’était pas étoilé.
Les gens s’appelaient sur des téléphones qui n’étaient pas mobiles.
Les gens se donnaient des rendez-vous, et ils y allaient.

Nous nous étions donné rendez-vous.

Aujourd’hui, mon train est arrivé en gare.
Je descend. Les bagages sont lourds, la gourde est vide.

Et maintenant ?

Il est temps de changer de train ; de vie.

Portrait de famille

Il y a cette pièce. Un bocal où l’on plonge son corps et où l’on baigne au milieu des souvenirs. Des photos montrent un couple et leurs enfants, ils semblent appartenir à une autre époque. Ils sont heureux.

Il y a aussi ce tableau inachevé. Le noir et blanc, les traits épais et les aplats hésitants semblent avoir été tracés au fusain.
On y voit un mur sur lequel on devine des motifs légers, presque transparents, ce sont ceux d’un papier peint à fleurs. Par-ci et là, on remarque des morceaux décollés par petits bouts.

Dans le futur, on dira que ça fait vintage. Ça plaira aux photographes.

Au centre du tableau, se dresse une porte qui mène vers une cuisine. Un homme est assis à une table, de face, tête baissée et cigarette à la main. Il y a longtemps, il a très certainement abandonné une vie qui à défaut de le combler lui avait assuré un certain confort.
Il est venu de loin, écoutant les chants de l’Occident et porté par les promesses d’un avenir meilleur pour sa descendance.

Cet homme souffre. Son travail est difficile. En été le soleil est foudroyant et transforme l’atelier en un four. L’air est suffoquant, l’acier manipulé est brûlant. L’hiver laisse place au silence, à un semblant de quiétude. Il est trompeur, car le froid agit tel un venin insidieux. Il souffre. Mais pas de ça.  Le mal qui s’est emparé de lui ne se soigne pas comme on soigne les maux du corps.

C’est la maladie qui dévore les liens du sang.

L’encadrement de la porte laisse deviner deux mains,  elles sont posées sur la table. Ce sont celles de son épouse. Elle est là pour lui, elle l’a toujours été.  Alors ils vont lutter, et avec le soutien de leurs enfants, ils apprendront à surmonter cette maladie. Celle qui a faim des liens du sang.

Et maintenant ?

Je m’avance vers le tableau. Les traits ne sont plus si épais, les aplats ne sont plus si hésitants. « Maman, papa, je suis là. »