La nostalgie des moments non vécus

Le casque du Walkman posé sur la tête, je m’allonge et j’enlace le traversin fait par maman. Tous les garçons de la maison en avaient un, papa avait le plus grand. Pour m’endormir, je fais toujours ce même geste, je mets une main devant mon visage. La paume et les doigts légèrement courbés vers l’intérieur forment un masque rassurant.

Je respire.

Nous habitons le dernier étage d’un HLM, les lumières des lampadaires s’invitent à travers les volets en accordéon, et forment sur le plafond de la chambre des motifs qui me sont familiers. Parfois ces motifs s’éveillent et s’animent, ils rompent le rythme de la nuit sans se soucier des gens qui dorment. Leur ballet ne me dérange pas, et il se termine aussi rapidement qu’il a commencé. La voiture est partie.

Armonie

La musique se fait entendre. Peut être que je vais réussir à m’endormir avant la fin de la face A.
Le vent automnal est puissant et son souffle irrégulier, il parvient à se frayer un chemin à travers les interstices de la fenêtre et jusqu’à moi. Tout du moins, je perçois ce qui n’est plus qu’un chuchotement à travers les mousses de mes écouteurs.
C’est la fin de la face A. Mon Walkman Sony n’a pas l’autoreverse. Je retire la cassette, et la retourne délicatement. C’est reparti.

Specchio della laguna

Je commence à immerger, je ne dors pas tout à fait. Je peux encore décider des images dans lesquelles je veux me projeter. Mais à mon âge, coupable d’avoir trop peu vécu, je rêve.
Je m’imagine baignant dans la lumière d’un soleil déclinant un soir d’été, il ne fait pas chaud. Je suis bien. Je respire et ouvre les yeux. Je vois se dessiner autour de moi les champs des possibles, vastes et infinis.

Aujourd’hui encore, je veux trouver le chemin de mon refuge pour y vivre

la nostalgie des moments non vécus.

Et maintenant ?

Il me semble que je dors complètement.

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